Les autochtones de Papouasie occidentale : entre reconnaissance juridique et dépossession réelle
Les autochtones de Papouasie occidentale : entre reconnaissance juridique et dépossession réelle
Les Papous occidentaux sont confrontés à la dépossession foncière, à l’érosion culturelle et au déni du droit à l’autodétermination sous le contrôle indonésien, malgré l’existence de protections juridiques internationales et nationales.
Introduction
La Papouasie occidentale est habitée depuis des millénaires par des peuples autochtones dotés de systèmes sociaux, de droits coutumiers, de langues et de relations spirituelles profondes avec leur territoire. Reconnues comme première nation, ces communautés disposent en théorie de protections juridiques nationales et internationales. Pourtant, sous le contrôle indonésien, elles font face à une dépossession foncière systématique, à l’érosion culturelle et au déni persistant de leur droit à l’autodétermination.
Annexion contestée et perte de souveraineté papoue
L’intégration de la Papouasie occidentale à l’Indonésie, officialisée en 1969 par l’« Acte de libre choix », demeure largement contestée. Ce vote, censé permettre aux Papous de décider librement de leur statut, n’a concerné que 1 025 représentants sélectionnés sous pression militaire, dans un climat d’intimidation et de menaces, ne reflétant donc pas la volonté réelle de la population.
De nombreux observateurs considèrent cet épisode comme une annexion forcée qui a ouvert la voie à des décennies de contrôle politique et militaire, de violations des droits humains et de marginalisation structurelle des populations autochtones.
Reconnaissance juridique sans effectivité réelle
Sur le plan juridique, les droits des peuples autochtones de Papouasie occidentale sont protégés à la fois par le droit international et la Constitution indonésienne.
La Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones (2007) garantit leur droit à l’autodétermination (Article 3), leur droit à l’autonomie et à l’autogouvernance (Articles 4 et 5), ainsi que leur droit collectif sur les terres, territoires et ressources qu’ils possèdent ou utilisent traditionnellement (Articles 25 et 26). Elle impose également aux États d’obtenir le consentement libre, préalable et éclairé des peuples autochtones pour toute décision affectant leurs terres et ressources (Articles 19 et 32).
Au niveau national, l’article 18B, alinéa 2, de la Constitution indonésienne de 1945 reconnaît l’existence des masyarakat hukum adat (communautés de droit coutumier) et leurs droits, tant qu’elles demeurent vivantes et conformes aux principes de la République. Toutefois, cette reconnaissance demeure largement formelle. Les procédures administratives complexes, la priorité accordée aux projets extractifs et le manque de volonté politique limitent toute protection effective des territoires autochtones.
Première nation niée et autodétermination criminalisée
Le droit coutumier, pilier de l’organisation sociale papoue, est souvent contourné par les lois nationales au profit des intérêts étatiques et économiques, laissant les communautés dans une insécurité foncière chronique et fragilisant la transmission culturelle.
Le cas des Malind‑Anim face au Projet Stratégique National de Merauke illustre cette situation : 2 millions d’hectares de forêts, soit une superficie comparable à la Slovénie, sont menacés, mettant en péril les moyens de subsistance et les pratiques traditionnelles des communautés locales.
Malgré les efforts de cartographie menés par des organisations autochtones telles que l’Aliansi Masyarakat Adat Nusantara (AMAN) et le Badan Registrasi Wilayah Adat (BRWA), la reconnaissance légale des terres reste marginale, maintenant les communautés dans une insécurité foncière chronique et affaiblissant la transmission culturelle.
Cette situation vide de son sens la reconnaissance des Papous occidentaux comme première nation, qui devrait garantir des droits effectifs sur la terre, la culture et l’autonomie communautaire, tandis que toute revendication d’autodétermination continue d’être traitée comme une menace et fréquemment criminalisée.
Conclusion
La protection des papous ne peut se limiter à des déclarations juridiques. Elle exige une reconnaissance effective, la participation directe des communautés à la gouvernance et des mécanismes contraignants garantissant leurs droits collectifs.
La Papouasie occidentale n’est pas un héritage figé du passé, mais une société vivante dont la dignité, la justice et l’avenir dépendent du respect réel de son statut de première nation.



Comments
Post a Comment