Une Église qui souffre en Papouasie occidentale

Une Église qui souffre en Papouasie occidentale 

Par Mecky Mulait, prêtre du diocèse de Jayapura 

 

« Nous parlons, mais eux continuent d’avancer »

L’an dernier (2025), la Commission Justice, Paix et Intégrité de la Création (JPIC) des Franciscains en Papouasie occidentale a publié un rapport intitulé : « Nous parlons, mais eux continuent d’avancer » Ce document, qui fait partie de la série memoria passionis (mémoire de la souffrance), a été présenté à la Faculté de philosophie et de théologie « Fajar Timur » à Jayapura.

Ce titre exprime une réalité douloureuse : malgré les appels répétés des communautés papoues, des ONG, des défenseurs des droits humains et des Églises, les autorités centrales poursuivent leurs politiques sans tenir compte de la situation humanitaire. Pourtant, les Papous demandent avant tout une résolution du conflit, mais leurs voix semblent ignorées.

 

Un conflit marqué par la violence

Le conflit en Papouasie occidentale remonte aux années 1960, lorsque le territoire a été intégré de manière controversée à l’Indonésie, une situation qui continue d’alimenter les tensions politiques jusqu’à aujourd’hui. 

Depuis lors, des mouvements de résistance se sont organisés, notamment sous la forme du mouvement armé appelé TPNPB (Armée de libération nationale de Papouasie occidentale).

Ces dernières années, la violence s’est intensifiée. Les tensions entre les forces armées indonésiennes et les groupes armés papous ont entraîné des conséquences dramatiques pour les civils. 

La méfiance est généralisée : des enseignants, des soignants et d’autres travailleurs civils sont parfois soupçonnés d’espionnage, ce qui les met en danger.

Les conséquences sont tragiques :

  • des civils tués,
  • des écoles fermées,
  • les soins de santé interrompus,
  • et les enfants perdent leur avenir.

 

Des populations prises au piège

Au cœur de ce conflit, les populations civiles sont les premières victimes. De nombreuses familles ont été contraintes de fuir leurs villages et vivent aujourd’hui dans des conditions précaires, avec un accès limité à la nourriture, à l’eau, à l’éducation et aux soins. Une centaine de milliers de personnes ont été déplacées, parfois jusqu’à l’étranger, une réalité pourtant largement minimisée au niveau officiel. 

Par ailleurs, l’accès à la région est fortement restreint :

  • Les journalistes internationaux sont rarement autorisés à entrer sur le territoire, comme l’illustre le cas des journalistes français Valentine Bourrat et Thomas Dandois, arrêtés en 2014 alors qu’ils réalisaient un reportage pour ARTE
  • les observateurs indépendants sont limités,
  • et les appels à une enquête internationale restent sans réponse.

Cette fermeture contribue à l’isolement du peuple papou et à l’invisibilité de sa souffrance sur la scène mondiale.

 

Le développement : pour qui ?

En parallèle des opérations militaires, l’État indonésien mène des méga-projets de développement. Officiellement, il s’agit de réduire le retard économique de la région. Mais une question demeure : ce développement bénéficie-t-il réellement aux populations autochtones ?

De nombreux observateurs estiment que ces projets servent surtout des intérêts oligarchiques, afin de faciliter l’exploitation des ressources naturelles. Certains projets, comme l’expansion agricole à grande échelle, menacent l’environnement et les terres ancestrales des populations locales.

 

Une Église au cœur de la souffrance

Dans ce contexte, l’Église en Papouasie occidentale est profondément marquée par la souffrance de son peuple. La majorité des Papous sont chrétiens, catholiques ou protestants. Cependant, leur foi est vécue dans un climat de peur, de deuil et d’incertitude.

Des communautés entières pleurent leurs morts, vivent dans l’exil et voient leur avenir s’assombrir. Une image forte revient souvent : une terre riche, presque paradisiaque, devenue pour ses habitants un lieu de douleur.

 

Une Église appelée à se relever

Face à cette situation, certains responsables de l'Église prennent la parole. Le diocèse de Jayapura, par exemple, a récemment tenu un synode présidé par l'évêque Yanuarius Matopai You, avec pour vision 

« Construire une Église missionnaire, autonome, solidaire et engagée dans la société. »

Un geste symbolique a marqué cette démarche : la croix de saint Damien a été portée à travers les paroisses, rappelant l’appel adressé à saint François d’Assise (1182-1226) :

« Va et répare mon Église qui tombe en ruine. »

Ce message résonne aujourd’hui en Papouasie occidentale : l’Église est appelée à se relever, à accompagner son peuple et à être une voix prophétique.

Certains évêques, comme celui de Timika, Mgr Bernardus Bofitwos Baru — diocèse où se trouve Freeport, l’une des plus grandes mines d’or et de cuivre au monde — s’expriment régulièrement pour dénoncer les injustices et appeler à la paix.

 

Un appel au dialogue et à la responsabilité

Aujourd'hui, la question de la tragédie papoue demeure : qui est responsable ?

Les autorités politiques, les institutions, les acteurs de la société civile et l’Église elle-même sont tous interpellés.

Une conviction se dégage : la solution ne peut être que le dialogue.

Un dialogue sincère entre Jakarta et le peuple papou apparaît comme la voie la plus humaine et la plus juste pour sortir de ce conflit.

 

Conclusion

L’Église en Papouasie est une Église qui souffre, mais aussi une Église qui espère.

Au cœur de la violence et de l’injustice, elle continue de porter la croix avec son peuple — dans l’espérance d’une paix fondée sur la vérité, la justice et la dignité humaine.

 

 


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